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« Pourquoi est-ce que je ne reste pas en moi ? »

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collage de Franck Queyraud

 Collage de Franck Queyraud

Ce que je me suis ennuyé quand j’étais enfant. N’imaginez pas à quel point. J’voulais être grand, autonome, libre de faire comme bon me semble. On pare souvent l’enfance de toutes les lumières. On oublie ces instants où le temps ne passait pas. Ne passait pas. Ne passait pas… C’est là que j’ai ressenti comme une pique le sentiment d’infini ou d’éternité ou de vide – je ne sais toujours pas définir ce sentiment… Je faisais régulièrement des cauchemars de chute où je comptais, indéfiniment… des grains de sable… Ces instants où le temps ne passait pas, vous vous souvenez ? Pourquoi est-ce que je ne reste pas en moi ? Fuir l’ennui ? Le monologue intérieur ? La voix en nous qui jamais ne cesse ? flux… reflux… une marée ressassant perpétuellement. Je n’ai jamais connu mon grand-père paternel. Mon père était fâché avec lui. Je ne sais toujours pas pourquoi. N’en parle jamais, malgré mes questions. Il était maçon. C’était un colosse… Ne sais pas grand-chose d’autre… Sa femme, ma grand-mère paternelle, petite et maigrichonne selon mon paternel, commandait, avant qu’elle ne se tue accidentellement en tombant. En rentrant du travail, quand il voulait aller boire un verre au troquet du village, posait ses affaires et au lieu de poudre d’escampette, il prenait la porte d’entrée de la maison avec lui. Il la portait littéralement jusqu’au café. La laissait devant. Ce qui alimentait les belles langues du patelin. S’il ne procédait pas ainsi, sa femme, m’a raconté mon père, fermait la porte à clef et ne lui ouvrait plus ou seulement après de fortes vitupérations vocales qui réveillaient les belles âmes du coin. C’est la seule chose que mon père m’a dit, pudiquement, dit de mon grand-père et de ma grand-mère, de leur relation et de l’alcoolisme de mon grand-père. Je ne ferai pas de commentaires. Ou plutôt, celui-ci : il faudrait se demander pourquoi l’espèce humaine est toujours intéressée par la part d’ombre des êtres plutôt que par leur part de lumière. De quelle morale morbide nous vient cette manière de vivre le monde ? Une révolution est encore à faire. Et, nous d’écrire pour tenter de lutter avec nos faibles moyens sur ces manières de penser. Ce qui est intéressant avec la création, c’est ce renouvellement permanent de la forme. Inventer, inventer du nouveau, c’est toujours relier, relier avec des éléments épars déjà existants. Une nouvelle vie commence toujours avec un nouveau regard. Et surtout, laisser surgir les questions. Chaque époque tente de trouver les bonnes réponses. Mais quelles sont les bonnes réponses ? Il est temps de… changer de monde… opératoire.

Mon grand-père maternel a été un de ces phares qui sauvent au dernier moment le marin perdu… le petit enfant que j’étais mais aussi d’autres… n’en dirait pas plus… Il est mort quand j’avais dix ans. J’étais tout le temps avec lui. Plutôt que des objets, il m’a légué des souvenirs à foison, des sensations et de la poudre de curiosité : une manière de voir le monde. Je me souviens encore aujourd’hui de deux odeurs : celle de ce vieux journal, L’illustration qui s’entassait par paquets dans son hangar fourre-tout et c’était toujours un bonheur de dénouer la corde qui retenait le tout et découvrir l’actualité de ce temps passé ; l’autre effluve ?, celle du steak grillé au persil et aux échalotes qu’il me préparait et de la sauce, il ne restait jamais rien, habitué à nettoyer mon assiette avec cette mie de pain compacte mais souple, type de pain que l’on ne trouve plus aujourd’hui. Je salive en l’écrivant. Il était militant. Militant communiste, mon grand-père. Membre actif du syndicat affilié. Portait toujours sa casquette de cheminot, et été comme hiver, un cache-nez de laine autour du cou. Mon père se moquait – sans doute jaloux – de ce côté engagé et répétait comme litanie : – bah, à son enterrement il n’y avait personne de toutes les personnes qu’il a aidé. Intérieurement, je prenais la défense de l’ancêtre adoré. Tous les jeudis, il m’emmenait pour acheter le magazine Pif, celui avec ses gadgets… On est encore toute une génération à se les rappeler ces trésors. Mais quelle déception, le jour, où achevant la construction du télescope, moi qui rêvait de devenir astronome, l’opacité de la lentille me fermait la porte vers les galaxies au-dessus de ma tête ! À cette époque, personne ne songer à réclamer, à crier à l’escroquerie, à l’imposture. J’achetais aussi un exemplaire de l’encyclopédie La Faune. Et régulièrement, nous recevions, par la poste, les reliures pour rassembler tous les fascicules. Je découpais les images de leur couverture et collectionnait ces images aux bords arrondis. C’est ma fille maintenant qui possède cette encyclopédie. Il me récupérait aussi, auprès de tous ses contacts, tous les timbres du monde qu’il pouvait trouver et c’est ainsi que j’ai appris la géographie. En collectionnant les timbres, moi qui ne suis pas collectionneur même si je finissais toujours par amasser des quantités d’objets que je jetais à chaque déménagement. Je m’étais spécialisé dans les timbres hongrois ! Pourquoi la Hongrie ? La lecture des aventures de Mathias Sandorf, l’histoire haletante de ce comte hongrois nationaliste, avait été telle que j’apprenais tout de ce petit pays perdu dans un empire. Je plongeais aussi dans les gravures illustrant la collection de Jules Verne, dans l’édition originale de Hetzel… Qui a disparu ensuite, dans un autre déménagement. Ma passion du dessin vient de là. Je regardais ces images pendant des heures. Je prenais mon crayon, copiais…

Mon grand père était retraité de la SNCF. Son ascension dans la maison ferrée avait fait long feu, à cause de son militantisme. Il avait été très ami avec Maurice Thorez, de l’époque Front à celle du patron du parti des fusillés. Je n’ai appris cela que plus tard, quand j’étais adolescent… en retrouvant des papiers jaunis… à cette époque, j’ai fait une très courte apparition dans le mouvement des jeunesses communistes. Pas par idéologie mais sans doute pour me rapprocher de mon idole. Pas fait un long chemin… deux réunions… tellement déçu par les militants de la section qui m’avaient pourtant accueilli gentiment, se marrant de ce gamin révolté. À 14 ans, je les trouvais… débiles… Dans leurs propos, dans leurs attitudes. Ne ressemblaient pas à mon grand-père. N’avaient pas de chance. Puis, paradoxe, je commençais à lire des livres d’histoire sur le communisme. Et le mot goulag et surtout ce qu’il signifiait a très vite tout transformé. Je ne comprenais plus très bien dès lors pourquoi mon grand père avait pu soutenir un des pires projets de destruction de l’homme. Je n’ai pourtant jamais jugé ces hommes là, ces militants là, armés de leurs révoltes contre la misère et de ce romantisme révolutionnaire bien éloigné des terribles réalités des terres staliniennes. Avait plutôt la dent dure contre certains intellectuels ou poètes qui eux possédaient le savoir, ne s’en servait pas et tombaient dans l’idéologie la plus forcenée…

Mon grand-père ne rentrait jamais dans une église. Il était pourtant marié avec une normande… catholique. J’ai été baptisé. Mon grand-père me disait en riant qu’il était content tout de même de ce baptême : tu n’as pas arrêté de brailler de l’entrée dans l’église jusqu’à ta sortie. L’honneur athée était sauf ! À Paris, ils s’étaient connus, mon grand-père et ma grand-mère. Lui, dans les années trente, travaillait pour le métropolitain. Elle, elle était domestique, comme on disait, dans une grande demeure bourgeoise du XVIème arrondissement. Il l’avait enlevé. Avaient quitté Paris, pour la province. Jeanne, tu ne regretteras pas Montmartre, hein ? Puis, il était devenu cheminot. Elle lui avait offert 3 garçons et deux filles. Elle s’appelait réellement Jeanne, ma grand-mère. Et moi, je n’avais que trois oncles. Mon grand-père ambitionnait peut-être de conduire Le Transsibérien. Pour rejoindre son pays de rêve… Je n’en sais rien.

Je ne saurai que plus tard qu’il y avait un train qui s’appelait Le Transsibérien et une autre Jeanne. Tout est lié dès que l’on se met à suivre les voies de nos histoires familiales. Mon grand-père, Maurice, avait gravi tous les échelons dans la SNCF mais avait fini responsable d’une petite gare de triage dans l’Aisne, à cause de ses amitiés et engagements. Ce que je me suis ennuyé quand j’étais enfant. Heureusement qu’il y avait mon grand-père, le maternel, lui qui a guidé mon chemin, qui m’a convaincu qu’il ne fallait surtout pas rester en soi. Mais cela, je ne l’ai compris que récemment…

Silence.

Le titre, la phrase en italique est extraite de la nouvelle traduction du Journal de Kafka par Laurent Margantin, publiée depuis peu sur son site Œuvres ouvertes.

 

 

de Franck Queyraud, bien inspiré (comme j’aurais aimé autant l’être..) pour les #vasescommunicants de mai 2013.

Silence qui m’accueille, flânante, à l’inspiration trop courte, sur ses flâneries quotidiennes pour Gabriel Viteaux (pépère.. pour autant que je me souvienne..).

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  • Tiers Livre (http://www.tierslivre.net/) et Scriptopolis (http://www.scriptopolis.fr/) sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.
    Beau programme qui a démarré le 3 juillet entre les deux sites, ainsi qu’entre Liminaire de Pierre Ménard (http://www.liminaire.fr/) et Fenêtres / open space d’Anne Savelli (http://fenetresopenspace.blogspot.com/…).

    Si vous êtes tentés par l’aventure, faîtes le savoir ici..

 

il le faut. à tout prix !

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à tout prix sourire.
il faut à tout prix ne pas plier.
il faut à tout prix ne pas rendre monnaie de sa pièce.
il faut ne pas se faire plaisir.
il faut rester vigilant.
il faut avoir confiance dit le siffleur.
il faut ne point embrasser qui vous voulez.
il faut se taire savoir.

il faut paraître.
l’être sans importance.

il faut ne pas te souvenir pas rager pas pester pas ronger tes ongles ni dire du mal de l’autre.

  • Author:
  • Published: juin 17th, 2013
  • Category: #traces
  • Comments: 3

hey ! fillette..

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SRongier 03-05-2012 16-28-14dis ? tu l’avais vu venir toi le loup ? tu l’savais toi qu’un jour ou l’autre il menacerait ?
(120613)

tu n’étais pas dupe. plus dupe. tu aurais pourtant voulu rester naïve et que rien en retour ne devienne une claque dans ta gueule. mais ça t’avait échappé. tu n’avais pu faire face à cette armée de cons (pour partie), cette armée d’hallucinés en collectif (pour la plupart), cette armée de lâches (quelques-uns), ces chimères qui leur semble vérités.
(160613)

ça ramenait à toi et aux souvenirs. ça ne disait pas forcément grand-chose mais c’était effrayant.
effarant.
à en devenir farouche.
veut #silence.

  • Author:
  • Published: juin 16th, 2013
  • Category: #traces
  • Comments: 1

j’ai oublié.

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be care

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ici &cris en cours
(à l’ombre d’une rivière)

ce soir rien de bon

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n’écrira.

se peut qu’L écrive.

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se peut aussi que ça ne ressemble à rien de ce qu’l vive.
se peut alors qu’l prenne &.. décante.

l. écrit et ça ne lui ressemble guère.

suffit parfois d’un mot, d’un son, d’un regard.
et tout s’effondre.
une couleur, une lumière.
et..

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